Des informations précieuses sur la taille des individus cachées dans les données acoustiques

Rédigé par | janvier 12, 2016 | | Pas de commentaires

Pour mieux comprendre les mécanismes de distribution spatio-temporelle des populations et mieux faire le lien avec la qualité des habitats, il est utile de développer des indicateurs basés sur des caractéristiques des individus, comme par exemple leur taille. Dans ce contexte, les enregistrements des ultrasons des chauves-souris offrent des perspectives intéressantes. En effet, les signaux sont susceptibles de contenir une information sur la taille des individus. A large échelle, la règle de Bergmann représente le patron de distribution de la taille des individus le plus connu : les espèces ou individus au sein d’une espèce ont une taille plus grande aux plus hautes latitudes, sous climat froid. A partir des données acoustiques collectées de manière standardisée et à large échelle (suivi participatif Vigie-Chiro), nous nous sommes intéressés à la variabilité géographique intraspécifique des signaux (fréquence caractéristique) de la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) tout en la comparant à la variabilité géographique de la taille du corps (i. e. longueur de l’avant-bras, données collectées lors de captures au filet). Nous avons étudié d’une part la relation existant entre la longueur de l’avant-bras et des variables géographiques et climatiques, et d’autre part la relation entre les fréquences enregistrées et ces mêmes variables, puis comparé ces relations.

Ainsi, nous avons pu observer que : 1) la longueur de l’avant-bras est positivement liée aux fortes précipitations, à une faible saisonnalité, et aux températures basses qui existent dans le nord-ouest de la France ; 2) les fréquences caractéristiques les plus basses (donc par hypothèse, la plus grande taille du corps) sont principalement liées aux basses températures dans le nord de la France. Bien que menées sur des jeux de données différents (biométriques et acoustiques), les deux analyses fournissent des résultats très similaires. Cette première analyse ouvre des perspectives quant à l’utilisation de ces grandes bases de données acoustiques pour explorer les patrons de distribution des caractéristiques biologiques des individus, comme la taille, en relation notamment avec la qualité des habitats.