Éoliennes et chauves-souris en Bretagne : état des lieux

Rédigé par | septembre 09, 2016 | Actualité | Pas de commentaires
L’énergie éolienne,  remarquable alternative aux énergies fossiles, offre un important progrès environnemental. Néanmoins, les parcs éoliens peuvent avoir des impacts négatifs sur les chauves-souris. Le plus notable est la mortalité par collision ou barotraumatisme.  D’autres effets peuvent se cumuler comme la destruction d’habitats, la perte de terrains de chasse ou l’effet barrière. Toutefois, la prise en compte des chauves-souris en amont des projets peut largement limiter ces risques.

Les collisions

Nous savons depuis les années 2000 que les chauves-souris peuvent être victimes de collisions avec les pales des éoliennes. Ce phénomène, aujourd’hui bien décrit, touche les espèces locales mais plus encore les migratrices au printemps et en automne, lorsque la vitesse nocturne du vent est faible (généralement inférieure à 6 m/sec). Bien que des cas de mortalité soient apportés sur l’ensemble des départements bretons, le phénomène semble accentué en Haute-Bretagne. Des cas de mortalités importantes ont notamment été observés dans le sud-est du Morbihan comme à la Gacilly (56). Ce parc est le plus mortifère de la région, puisqu’il concentre à lui seul un tiers des cadavres de chauves-souris trouvés sous les éoliennes ces dernières années. A ce jour, nous avons recensé, sur 14 parcs éoliens, 81 cadavres de huit espèces différentes (tableau ci-dessous). Mais ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg, notre travail n’étant pas exhaustif : en 2015, il y a 142 parcs pour 505 éoliennes rien qu’en Bretagne administrative. De plus, les cadavres sont difficiles à trouver et la pression d’observation est généralement faible.

Espèces
Nom scientifique
Nombre de cadavre
Pipistrelle commune
Pipistrellus pipistrellus
32
Pipistrelle de Kuhl
Pipistrellus kuhlii
6
Pipistrelle de Nathusius*
Pipistrellus nathusii
2
Noctule de Leisler*
Nyctalus leisleri
1
Noctule commune*
Nyctalus noctula
2
Sérotine commune
Eptesicus serotinus
2
Vespertilion bicolore*
Vespertilio murinus
1
Barbastelle d’Europe
Barbastella barbastellus
1
Pipistrelle non identifiée
Pipistrellus sp
14
Chiroptere non identifié
Chiroptera sp
20
Total
81
Liste de chauves-souris trouvées sous éoliennes en Bretagne. Bilan au 09/11/2015. Données GMB, BV SEPNB, synthèse SFEPM (2014) et DREAL Bretagne. * espèces migratrices

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Développement de l’éolien dans les boisements

A l’horizon 2020, il est prévu un doublement de la puissance éolienne en Bretagne, pour atteindre un objectif de 1800 MW. Ce développement est freiné par l’habitat humain très dispersé. Afin de limiter les nuisances subies par les riverains, en dehors des projets off-shore, les développeurs n’ont désormais d’autre choix que de se tourner vers les grands ensembles naturels que sont les landes et les massifs forestiers. Malheureusement, les différentes études européennes montrent que la mise en place d’éoliennes dans les boisements augmente considérablement le risque de collision avec les chauves-souris. Ces milieux sont des zones de chasse importantes pour toutes les espèces et des sites d’accouplement pour les espèces migratrices. C’est pourquoi Eurobats1 recommande de ne pas mettre en place d’éoliennes dans ces secteurs. C’est aussi pour cette raison que le GMB s’oppose à certains projets comme celui de Lanouée (56) (recours juridique en cours) et a demandé à rencontrer la DREAL-Bretagne suite à la mise en ligne sur son site Internet d’une méthodologie de mise en place d’éoliennes en forêt (cas unique en France). Ce guide d’industrialisation des derniers grands espaces naturels breton est pourtant contraire à l’avis du CSRPN2 sur le sujet. Malgré notre rencontre, le guide est toujours en ligne.

Développement de l’éolien off-shore

Pour le moment, nous avons très peu de connaissances sur la circulation des chauves-souris en mer. Nous savons juste qu’il existe des mouvements migratoires et que certaines espèces peuvent chasser au-dessus de la mer. Nous suivons donc le projet éolien en Baie de Saint-Brieuc et sur le Banc de Guérande avec attention et nous soutenons un projet d’étude nationale des mouvements migratoires en mer.

Au niveau national

La Bretagne n’est pas un cas isolé et de fortes mortalités sont régulièrement recensées sur l’ensemble du territoire français. Afin d’apporter une expertise sérieuse sur cette problématique, la SFEPM 3 a lancé un groupe de travail dédié. Il édite régulièrement des recommandations pour une meilleure prise en compte des chiroptères dans le montage et l’exploitation des projets éoliens (ici). Il travaille également sur le volet juridique et essaye tant bien que mal d’imposer une prise de conscience, afin qu’institutions, développeurs et exploitants mettent tout en œuvre pour limiter leurs impacts sur des populations de chauves-souris déjà bien fragiles.

Les actions en cours au sein du GMB

Sur les parcs où la mortalité est importante, le GMB se mobilise afin d’obtenir auprès des exploitants et des services de l’Etat des mesures de bridages ponctuels (actions à l’amiable ou juridique). Nous espérons que l’étude en cours des chauves-souris migratrices par écoute passive nous permettra d’identifier rapidement des axes migratoires. Les suivis de mortalité rendus obligatoires depuis le classement des parcs éoliens en ICPE4 devraient, à la condition d’application de protocole sérieux, également apporter des éléments complémentaires. Le GMB réalise d’ailleurs depuis peu ce genre de diagnostic pour mieux cerner la problématique. Ces éléments factuels sur les axes migratoires devraient nous permettre d’obtenir systématiquement un bridage des machines là où il est nécessaire. Enfin, nous invitons l’ensemble des adhérents à nous signaler tous cadavres de chiroptères sous des parcs éoliens et à nous alerter sur les projets de développement en cours afin d’en limiter les impacts ou de s’opposer à leurs constructions dès lors qu’ils menacent les chiroptères.

Références

1 Eurobats est une coordination sous l’égide des Nations Unies qui veille à la mise en place de l’Accord international sur la conservation des populations de chauves-souris européennes ratifié par la France.
2 CSRPN : Conseil Supérieur Régional de Protection de la Nature.
3 SFEPM : Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. Structure dont est membre le GMB.
4 ICPE : Installation Classée pour la Protection de l’Environnement, soumise à une législation et une réglementation particulières.

 

Cet article de Josselin Boireau et Thomas Le Campion, chiroptérologues salariés du GMB, est extrait du Mammi’Breizh n°28